Colombes, France

​​​​​Economie circulaire : d'une démarche d'initiés à une révolution en marche ?​


Deux ans après la création de l’Institut​ qu’il préside, François-Michel Lambert revient sur l’économie circulaire. Elle s’inscrit désormais pleinement dans la stratégie des entreprises ainsi que dans la nouvelle loi de transition énergétique du gouvernement français.

Deux ans après la création de l’Institut, quel bilan dressez-vous de ces premières années ?


Le bilan est au-dessus de nos objectifs premiers. L’économie circulaire devient un élément majeur de notre modèle de développement. Elle s’inscrit dans la stratégie des entreprises et dans la nouvelle loi de transition énergétique du gouvernement français. Elle est aussi devenue incontournable en Europe avec le développement de nombreux « think tanks » sur le sujet dans tous les pays. En deux ans, nous sommes passés de démarches d’initiés à une révolution en marche.

Quelle est la contribution du packaging à cette économie circulaire ?


F.M.L : Si elle est modeste en volume par rapport à d’autres secteurs industriels, à l’instar du BTP, elle est très importante sur le plan symbolique. Les emballages sont, en effet, un lien direct avec les citoyens qui prennent à travers leurs déchets la mesure de notre société de gaspillage. A nous d’utiliser le packaging comme un démonstrateur de ce que peut être l’économie circulaire.

Quelles sont les bonnes pratiques à encourager dans l’industrie de l’agro-alimentaire ?


F.M.L : Il n’y a pas encore d’approche systémique d’économie circulaire dans l’agro-alimentaire mais des initiatives et une dynamique. Je pense notamment au gaspillage alimentaire. On n’aborde pas cette question par le bon bout en essayant de corriger le modèle sans repenser les fondamentaux, et notamment les créations de richesses. Je parle au pluriel car il y a les richesses économiques et financières évidemment, mais aussi les richesses sociales et environnementales. Or on ne prend très souvent pas suffisamment en compte les externalités positives.


Pouvez-vous donner un exemple ?


F.M.L : Imaginons des tomates carrées, produites hors-sol, industrielles et sans saveur, mais parfaitement calibrées et garantissant une parfaite qualité de stockage. Elles seront beaucoup plus performantes sur le plan du gaspillage alimentaire que des tomates bio produites localement par un maraîcher qui généreront nécessairement une certaine perte. Cet exemple montre qu’il faut avoir une démarche globale et qu’une approche trop segmentée ne permet pas d’optimiser les pratiques.

Et en ce qui concerne l’industrie de l’emballage ?


F.M.L : Le packaging a son rôle à jouer pour réduire le gaspillage alimentaire. Mais il faut sortir d’un modèle de pure réduction des tonnages des emballages pour entrer dans un modèle de cycle. Je préfère voir le tonnage global des emballages augmenter si ceux-ci sont davantage captés et réutilisés. L’objectif premier étant évidemment qu’ils soient recyclés en emballages avec le même niveau de productivité et de valeur ajoutée. C’est d’ailleurs ce que j’ai dit lors de l’Assemblée générale des 20 ans d’Eco-Emballages.


Cette fin d’année 2015 verra la tenue à Paris de la COP 21*. Comment participerez-vous à l’évènement ?


F.M.L : Nous sommes partie prenante du dispositif Solutions COP 21 au sein duquel nous mettons en exergue l’économie circulaire. Nous allons aussi travailler sur l’organisation de l’événement lui-même en tant que soutien de compétences et d’expertises. Il s’agit de traduire en actes l’économie circulaire pendant les trois semaines de la COP. Enfin, en 2016, nous intégrerons à notre dynamique toutes les avancées faites pendant la COP. Notamment en ce qui concerne l’intégration de l’économie circulaire aux enjeux climatiques et le développement durable planétaire.

(*) la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques
Propos recueillis par Philippe Mathieu ©AdC