Colombes, France

​Impression 3D : un bon moyen d'innover dans l'agroalimentaire ?

Le secteur agroalimentaire s’intéresse lui aussi à l’impression 3D. Il faut dire qu’elle ouvre la porte à de nouveaux procédés d’innovation. A l’instar de la personnalisation presque infinie des produits. Décryptage.

 

Avez-vous déjà goûté une framboise imprimée ? Non ? Ce n’est pourtant pas de la science-fiction, mais une réalité. L’entreprise britannique Dovetailed utilise le procédé de l’impression 3D pour créer des fruits comestibles à la demande. Mais pour bien comprendre, définissons d’abord ce qu’est l’impression 3D. Il s’agit de la production d’un objet tridimensionnel à partir d’un matériau comme le plastique, la cire, le métal, la céramique ou le plâtre. Et même maintenant des produits comestibles. En partant d’un modèle sur ordinateur, la machine réalise un objet, couche après couche, afin de créer un volume. A l’origine, la technique servait à fabriquer rapidement des prototypes de produits ou des maquettes de bâtiment. Puis, le marketing s’en est emparé afin de réaliser des objets publicitaires à petit tirage. L’armée, l’aéronautique, la médecine, l’automobile, l’architecture, la joaillerie, le textile, les biotechnologies… Tous les grands domaines industriels se sont emparés de l’impression tridimensionnelle pour apporter des solutions technologiques là où il n’y en avait pas. Car théoriquement, l’impression 3D peut tout réaliser.

 

Même le secteur du packaging et de l’emballage semble vouloir s’intéresser à cette technologie. L’impression 3D offre en effet la possibilité de créer des prototypes, notamment quand le produit n’est pas de forme usuelle. Ensuite, cette technologie est idéale pour fournir de petits lots pour des applications ciblées et qualitatives. La Poste a ainsi développé, avec le Cirtes, un service de conditionnement sur-mesure réalisé à partir de carton. Baptisé Pack & Strat, ce service permet de modéliser un produit en 3D. La machine crée ensuite une contre-forme en carton aux dimensions exactes du modèle original pour une protection optimale du produit. Cela préfigure ce qu’il sera possible de faire en impression 3D dans le domaine de la protection des produits.

Ce n’est que très récemment que les acteurs de l’agroalimentaire se sont intéressés au sujet. Notamment autour de questions phares : que peut-on faire avec une imprimante 3D ? Quel produit comestible est compatible avec ce procédé ? Comment valoriser le produit confectionné ? Et surtout, quel est le coût ? Aucune réponse toute faite n’a évidemment émergé. Mais des expérimentations ont eu lieu, notamment chez les confiseurs. « Ils ont réalisé que le chocolat est une denrée particulièrement adaptée à cette technique de fabrication », commente Ronan Lucas, responsable de mission au sein du cabinet-conseil Alcimed. Les machines les plus connues étant développées par Shapelize, Choc Edge ou encore 3D Systems.

Coup marketing ou vraie innovation ?

La confiserie n’est pas la seule à expérimenter cette technique. D’autres acteurs s’y sont intéressés. A l’instar du groupe italien Barilla qui s’est associé à l’entreprise néerlandaise TNO. Le but : produire des pâtes dans des formes variées, impossibles à réaliser sans imprimante 3D. Un concours a même été organisé pour inventer des modèles. « Ce projet vise à long terme à fournir une machine aux restaurateurs du monde entier, mais aucune échéance n’est avancée. Il s’agit pour l’instant plutôt d’une approche marketing que d’un nouveau moyen de distribution », précise Ronan Lucas. Une approche bien différente de l’activité historique de Barilla qui reflète les limites technologiques actuelles de l’impression 3D, mais aussi sa prédisposition à rendre possible ce qui ne l’était pas auparavant.

Comment peuvent donc innover les industriels de l’agroalimentaire ? Deux débouchés sont possibles. A commencer par la création de produits entièrement personnalisables pour de petits lots. « Les premières applications possibles ont un lien avec le marketing et la personnalisation du produit », explique le responsable de mission. L’expérience d’entreprises comme Coca Cola (avec les étiquettes customisées) ou Mars (avec les M&M’s personnalisés) démontrent qu’il y a un marché pour ce type de produits, même vendus plus cher. Il suffit ensuite de trouver le bon message pour mettre en lumière la valeur ajoutée du service. Autre alternative : la fourniture d’imprimantes 3D pour les magasins et les restaurateurs, voie choisie semble-t-il par Barilla. Par ce canal de distribution « BtoBtoC », l’industriel apporte le matériel, le matériau et les modèles. À chacun de ces professionnels de valoriser ensuite son propre savoir-faire. Imprimer son selfie sur un cookie chez Monoprix pour bientôt ? C’est loin d’être de la science-fiction...

Sam Azzemou © AdC

Imprimante 3D
Ronan Lucas

Ronan Lucas, responsable de mission au sein du cabinet-conseil Alcimed

Rosa de Barilla est un concept de pâtes s’ouvrant à la cuisson, comme une rose. Il a été inventé par un designer français, l’un des trois gagnants du concours PrintEat