Analyse de Cycle de Vie & Affichage environnemental
Un point de vue argumenté de Yannick Leguern, Responsable cellule Eco-conception, Bio Intelligence Service
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Tetra Pak a fait réaliser par Bio Intelligence Service, une Analyse du Cycle de Vie (ACV) sur ses emballages en mai 2008. Avec le recul, quel regard portez-vous sur cette expérience comparative et la communication qui en a été faite ?
BioIS - La plupart des industriels souhaitent valoriser les résultats des ACV de leurs produits. Cela leur permet de jouer la carte de la transparence, comme cela a été le cas pour Tetra Pak et de montrer leur démarche de progrès environnemental.
De façon générale, la validation des ACV par un expert extérieur donne de la crédibilité à l’étude. Il n’en demeure pas moins qu’une ACV propose une photographie du produit dans un contexte particulier et à une période précise. Il faut donc lors d’une communication sur le sujet, toujours resituer le contexte dans lequel l’ACV a été faite, en fonction de la vitesse à laquelle évoluent les procédés industriels.
- Aujourd'hui, on parle de plus en plus d’Analyse de Cycle de vie des produits. Quelle analyse faite vous de cet intérêt accru ?
BioIS - Tout d’abord, les citoyens-consommateurs sont de plus en plus attentifs aux impacts environnementaux liés aux produits qu’ils achètent. L’enjeu pour les entreprises est donc de leur apporter ces informations.
D’autre part, la méthodologie des ACV éprouvée depuis une vingtaine d’année, est normée par la norme internationale ISO. L'ACV permet d'objectiver la performance environnementale d'un produit en apportant une analyse quantitative, une méthode comptable. Cela donne toute sa crédibilité à l’analyse. Il existe d’autres possibilités : le système auto-déclaratif qui n'apporte pas autant d'informations et peut parfois laisser planer le doute sur des tentatives de « greenwashing ». Les écolabels officiels sont également une preuve fiable mais ils ne couvrent que certaines catégories de produits.
Enfin, du côté des pouvoirs publics, l’ACV est utilisée comme un outil d’aide à la décision dans les politiques publiques. Suite au Grenelle de l’environnement, dans une volonté politique d’apporter une information environnementale au consommateur, la méthodologie retenue a été celle de l’ACV.
- Comment analysez-vous le projet d’étiquetage environnemental, initialement prévu par le Grenelle de l’Environnement, et qui devrait a priori aboutir à un affichage environnemental accessible sur internet plutôt que sur les emballages des produits ?
BioIS - Les discussions sur l’affichage ne prédisent pas ce que sera son format final : brochure, site internet, ou étiquetage. Le terme « étiquetage » induit nécessairement un traitement de l’information sur l’emballage lui-même. Et cela semble poser quelques soucis. A ce jour, rien n’est tranché.
Chacun peut le constater, un emballage aujourd’hui comporte de plus en plus d’informations nutritionnelles ou environnementales (point vert, recyclage, labels etc.). Y ajouter une information environnementale supplémentaire et complexe ne pourrait que noyer le consommateur dans une multitude de messages, où il lui serait difficile de s’y retrouver. Mais tout dépend du produit que l'on achète : l'acte d'achat pour un produit courant ne prend que quelques secondes, dans ce cas l'information est peu ou pas lue. Ce n'est pas le cas pour l'achat d'un appareil électroménager où l'on va porter beaucoup plus d'attention aux informations sur le produit ou son emballage. Renvoyer l’information sur un site internet pourrait dans certains cas être une alternative au message sur l'emballage.
Par ailleurs, les technologies évoluent très rapidement : des solutions permettent, par exemple, au consommateur de scanner le code barre des produits avec son téléphone portable et d’avoir accès aux informations environnementales.
En résumé, on peut dire qu'il n’y a pas de solution idéale, ni unique. Il faut envisager des scénarii différents pour la communication au consommateur et y réfléchir par type de produit.
- Vous avez développé avec Casino l’étiquetage environnemental d’une partie de ses produits à marque propre, il y a plus d’un an. Quel retour en avez-vous ? Pensez-vous que ce soit un moyen efficace d’influencer les citoyens dans leur consommation ?
BioIS - Aujourd’hui, nous sommes est en train d’éduquer le consommateur. Il y a un an ou deux, on ne savait ni ne comprenait pourquoi une barquette de fraises émettait du CO2. Maintenant, le consommateur est intéressé par ce type d’information.
Ce que l’on peut en dire, c’est que la mise en place de cet étiquetage est très bénéfique pour l’image de marque de Casino. L’entreprise montre clairement qu’elle s’engage et agit concrètement. Ce n’est pas une politique d’entreprise qui reste à l’entrée du magasin.
- Y a-t-il d’autres méthodes que l'ACV utilisées en Europe ? Quelles sont-elles ? et qu’en pensez-vous ?
BioIS - Dès que l’on souhaite s’intéresser à l’éco-conception d’un produit et en communiquer les résultats, dans 99% des cas, les organisations utilisent la méthode des ACV, en France comme à l’international.
Il existe d'autres approches plus qualitatives que quantitatives comme par exemple des « check list » d’éco-conception. Ces méthodes permettent de se poser les bonnes questions à chaque stade de développement des produits, et d’aller dans le bon sens. Il existe également d’autres initiatives, comme l’approche « input-output », mais ces méthodes ne sont pas suffisamment précises.
Même si ces outils qualitatifs peuvent être pratiques et opérationnels dans un premier temps, l’industriel devra passer à l’étape quantitative proposée par les ACV s’il souhaite aller plus loin.
Bio Intelligence Service
Créée en 1989, BIO Intelligence Service est un spécialiste des études et du conseil dans le domaine de l'information environnement et santé sur les produits largement reconnu en France et en Europe.
Pionnier dans le domaine des analyses de cycles de vie et de la santé nutritionnelle, BIOIS offre aux décideurs institutionnels et privés une large palette de services couvrant l'ensemble du cycle de vie de l'information environnementale et santé sur les produits, services et filières, depuis la constitution de l'information grâce à des évaluations environnementales et santé de produits, services et filières jusqu'à sa diffusion auprès de publics experts ou non experts.